Joan-Lluís Lluís

 

 

Journaliste au Punt Diari Catalunya Nord lors d'une première étape, à partir de 1987, et actuellement collaborateur occasionnel, depuis le milieu des années 1990, Lluís (Perpignan, 1963) s'est fait connaître en tant qu'écrivain en 1993 grâce à son roman en rupture avec le thème régionaliste, Els ulls de sorra (Les yeux de sable), qu'il a publié à La Magrana.
Il économisait l'impossible étape de la légitimation en Catalogne-nord, où personne ne lui enlèvera d'être Catalan, mais où la langue catalane se perd.
« Nous nous acheminons vers une sorte de décadence du modèle français.
Nous nous trouvons actuellement dans une phase où commence une décentralisation, mais cette décentralisation fait peur et elle s'accompagne d'une vague d'autoritarisme contre les langues. »

Il rappelle que l'État français a suivi les autres pays de l'UE au moment de signer la Charte européenne des Langues minoritaires, mais ne l'a finalement pas ratifiée.

Il est l'auteur de Conversa amb el meu gos sobre França i els francesos (Conversation avec mon chien sur la France et les Français, La Magrana) où il explique qu'en France il existe une pensée unique qui dit que les frontières de son pays sont intouchables et que tout le monde descend des Gaulois.
Peu importe si les Ibères ont vécu en Catalogne-nord. Ce qui s'y passa avant l'annexion par la France en 1659 n'a aucune importance.

À Perpinyà - « car dire en France est exagéré, le livre écrit en catalan n'a pas eu d'écho en France » -, il a reçu deux types de réponses à son livre. « L'une, des lecteurs qui veulent lire en catalan, qui ont montré de l'intérêt, les lecteurs sont critiques parfois, mais ils expriment leur intérêt. L'autre, de personnes qui ne savent pas lire le catalan et ont fait preuve d'indifférence, ainsi que de gens de gauche comme de droite qui sont capables de lire en catalan, ont entendu parler de l'ouvrage et ont dit qu'ils ne voulaient pas le lire parce qu'ils refusaient la critique. Ils vivent le rêve d'une mystique personnelle qui est la mystique française du jacobinisme, du centralisme. »

Pessimiste, mais actif, Lluís écrit en catalan au milieu de l'indifférence d'une grande partie de la population de la Catalogne-nord qu'il a été tenté de quitter. Pour le moment il y reste et essaie de « faire ce que j'estime juste, indépendamment du fait qu'il y ait ou non un futur. J'essaierai de ne jamais écrire en français».
Il explique que les Français n'ont pas besoin de lui et que lui n'a pas besoin d'eux.
Une décision à laquelle il est parvenu de manière progressive. « Mes parents sont du sud et mon enfance s'est déroulée dans un contexte d'infériorité face à ceux qui avaient des racines françaises, bien que Catalans eux aussi.

C'est ainsi qu'au début je me suis senti Français plutôt que Catalan, puis aussi bien Français que Catalan et ensuite Catalan plutôt que Français et finalement uniquement Catalan. » C'est-à-dire, en quelque sorte, « comme un extraterrestre chez soi ». « Je ne suis pas comme ces retraités du Front national, intolérants et mesquins. Eux se sentent ici comme chez eux, moi pas et ce n'est pas normal.
J'en arrive au paradoxe de me sentir plus chez moi dans l'Empordà. »

   
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